La question revient au moins une fois par semaine. « Tu peux nous faire une demi-journée IA pour mon équipe ? » Ou plus charitablement : « Une journée complète, on serait sept ou huit. »
Je refuse poliment et je propose autre chose. Ça me fait perdre quelques contrats, ça en sauve beaucoup d'autres. Voilà pourquoi je tiens à cette position.
Le problème, c'est pas le contenu — c'est l'oubli
Tu peux entasser quarante cas d'usage IA dans une journée. Tu peux montrer Claude, Perplexity, Make, n8n et trois autres LLM en comparatif. À la fin de la journée, les participants sont enthousiastes. Ils prennent des notes, font des photos du tableau.
Trente jours plus tard, presque rien ne reste. C'est pas leur faute — c'est le fonctionnement du cerveau humain. La courbe d'oubli d'Ebbinghaus (oui, datée de 1885, mais répliquée des dizaines de fois depuis) le montre : sans répétition active, on perd 80% d'une information apprise en 30 jours.
Une journée concentrée d'information neuve, sans application sur des vrais sujets, sans revenir dessus — c'est exactement le scénario où l'oubli gagne.
Les MOOC, c'est pire
« D'accord, mais on peut faire un MOOC alors ? Tu nous recommandes lequel ? »
Le taux moyen de complétion d'un MOOC est de 10%. C'est pas un avis personnel — c'est une statistique très bien documentée par l'EdX, Coursera, et même Class Central depuis dix ans. Sur cent dirigeants qui s'inscrivent, dix vont au bout. Sur ces dix, peut-être trois appliquent quelque chose dans leur quotidien six mois plus tard.
Pour une formation à 49 € par personne, l'économie individuelle reste tolérable. Pour une formation IA dirigeant à 2 000-4 000 € par personne via OPCO, c'est insoutenable.
Ce qui marche : la répétition espacée + l'application réelle
En 1984, Benjamin Bloom publie une étude qu'on appelle aujourd'hui le « théorème des 2 Sigma ». Il montre qu'un apprenant en tutorat individuel (1:1) avec un mentor expérimenté performe au 98ᵉ percentile d'une cohorte classique. Deux écarts-types au-dessus de la moyenne.
« The average student under tutoring was about two standard deviations above the average of the conventional class. » Benjamin S. Bloom, Educational Researcher, 1984
Quarante ans plus tard, ça reste la référence en pédagogie. Pas un truc à la mode. Une donnée empirique.
Pourquoi le 1:1 sur 3 mois marche
Trois facteurs cumulatifs :
- Personnalisation totale. Pas de « cas d'usage générique du dirigeant ». Vos vrais devis, vos vrais CR, votre vraie newsletter. Ce qui résout votre vraie semaine.
- Application immédiate entre deux séances. Vous repartez avec un Skill construit pendant la séance, et vous l'utilisez le lendemain sur vos dossiers réels. Pas d'oubli — vous l'utilisez tous les jours.
- Correction continue. Quand un Skill ne marche pas en condition réelle, on l'ajuste à la séance suivante. Une formation collective ne permet pas ça.
Mais alors, à quoi sert l'atelier 2 h ?
Très bonne question. Je vends quand même un atelier d'amorçage de 2 heures. Il sert à tester, pas à former. À voir comment je travaille, à comprendre ce que sont des Skills, à choisir si on continue ou non.
L'atelier ne promet pas « apprendre l'IA ». Il promet « tester l'IA sur trois cas d'usage qu'on choisit ensemble en début de session ». La promesse est honnête, le format colle à l'objectif.
Et le Cadrage IA Codir/COMEX ?
L'autre exception, c'est le Cadrage IA Codir/COMEX sur 3 mois. Format collectif mais avec du suivi 1:1 par membre, et 3 mois d'étalement. Là, on a la durée et la personnalisation — pas une journée bloquée d'info entassée.
En résumé : si quelqu'un vous vend une journée d'IA pour 2 000 € HT par personne en vous promettant que votre équipe sera « formée », demandez-lui le taux d'application 90 jours après. S'il n'a pas la donnée, vous savez.
De mon côté, je continue de refuser les journées et de pousser le parcours 1:1 trois mois. Quelques contrats perdus. Quelques bons clients gagnés. Et zéro client qui revient me dire « en fait, je n'ai rien utilisé ».